TABLE RONDE DE SUPTERTIAIRE “Quelles sont les opportunités qui peuvent naître de la crise actuelle ?”
Le lundi 4 juin 2024, un groupe de travail réunissant des experts de l'immobiliser s'est tenu autour du thème "les crises d'aujourd'hui font les opportunités de demain". Organisée par l'école, cette discussion a permis d'aborder des sujets variés tels que la construction durable, l'innovation, les besoins en formation, ainsi que l'avenir de l'immobilier.
Cet événement a porté un message d'espoir et de confiance pour les générations futures souhaitant intégrer le secteur de l'immobilier.
Dans un secteur de l'immobilier qui ne subit pas de crise mais connaît de profondes mutations, il est important de former des professionnels capables d'anticiper, de décider et d'innover pour répondre aux nouveaux enjeux et attentes des clients.
TABLE RONDE DE SUPTERTIAIRE “Quelles sont les opportunités qui peuvent naître de la crise actuelle ?”
Le lundi 4 juin 2024, un groupe de travail réunissant des experts de l’immobiliser s’est tenu autour du thème « les crises d’aujourd’hui font les opportunités de demain ». Organisée par l’école, cette discussion a permis d’aborder des sujets variés tels que la construction durable, l’innovation, les besoins en formation, ainsi que l’avenir de l’immobilier.
Cet événement a porté un message d’espoir et de confiance pour les générations futures souhaitant intégrer le secteur de l’immobilier.
Lors ce rendez-vous, des experts du secteur de l’immobilier ont pu discuter de ce sujet :
Abdel Bouchouia – Directeur Pédagogique ESCT
Antoine Mesnard – Directeur Recrutimmo
Bruno Rouleau – Porte-Parole de AFR Financement
Charlotte Lepoutre – Directrice Générale Mutimo
David Givaudand – Directeur Support et Formation du Réseau Orpi
Najib Ghantous – Président de Workman Turnbull
Véronique Pappe – Directrice Ekopolis
QUELLES SONT LES PISTES QUI PEUVENT PERMETTRE DE SORTIR CETTE CRISE ?
David Givaudand : Le mot clef est « remise en question ». La crise présente une grande force, c’est que ça ne marche plus comme ça fonctionnait avant. Si on veut survivre et gagner, il faut se remettre en question pour s’adapter. Si on prend le temps de réfléchir sur soi pour avoir une vision à long terme, savoir comment on veut évoluer, on est beaucoup plus près à réagir à ce qui peut arriver. Il y a par exemple beaucoup de nouveaux enjeux liés aux nouvelles technologies. Si on ne prend pas le temps de réinventer nos métiers, comment monter en compétence et comment évoluer ? La compétence est une matière vivante, et elle a une durée de vie plus courte qu’avant. Il faut constamment apprendre et se former tout du long de sa carrière, se tenir informé des nouveautés et éventuelles difficultés voire obstacles qu’il faudra surmonter.
Véronique Pappe : Une chose est sûre : il faut arrêter de démolir pour reconstruire. Regardez le siège de l’INSEE : on met à la poubelle des tonnes de béton et de carbone pour reconstruire un batiment qui aura sensiblement la même usage. C’est une opération de l’ancien monde, comme on ne devrait plus en avoir.
Autre enjeu, l’adaptation au dérèglement climatique. En 2050, nous pourrons connaître des températures de 50 degrés en été à Paris et aujourd’hui, le parc parisien est inhabitable par une chaleur pareille. Heureusement, de nombreux politiques et professionnels de l’immobilier (nous en connaissons plein chez Ekopolis) ont pris conscience de ces enjeux et agissent en proposant des bâtiments confortables tout en embarquant des solutions sobres et bas carbone : batiments très bien isolés et ventilés. On peut, par exemple tout à fait vivre dans un bâtiment sans climatisation, qui présente l’immense défaut de rejeter de l’air chaud dans des espaces urbains déjà en surchauffe. Penser différemment la ventilation, végétaliser, rafraichir avec des énergies renouvelables comme la géothermie sont autant de solutions décarbonées. Ceci nécessite par contre de penser la construction et le système différemment que ce qui se fait.
Les professionnels de l’immobilier ont une vraie responsabilité pour initier des projets soutenables et pour cela, ils doivent vraiment se former aux enjeux écologiques.
EST-CE QUE CES PROJETS-LÀ SONT RÉALISABLES À L’HEURE ACTUELLE, AUSSI BIEN D’UN POINT DE VUE ÉCOLOGIQUE QUE FINANCIER EN FRANCE ?
Najib Ghanthous : En France, la réglementation évolue dans ce sens. Du côté de l’immobilier d’entreprise, la panoplie de lois qui sont en train de driver les choses jusqu’en 2050 ne sont pas négligeables. Je le vois aussi dans le budget de mes clients, ça devient une ligne inévitable, ce qui n’était pas le cas il y a cinq ans. Pour le logement, ça fait un moment qu’on construit de mieux en mieux, avec des normes RT 2012 et 2020. Ce sont des choses que d’autres pays ne font pas.
Véronique Pappe : C’est vrai que la France a un devoir d’exemplarité en matière de construction durable. C’est un des pays les plus avancés avec la Scandinavie. On ne pèse que 2 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, donc s’il n’y a que la France qui change, ça n’aura pas un gros impact. Mais nous avons un devoir d’entraînement au niveau de l’Europe, puis l’Europe qui peut entraîner le reste du monde.
Il faut s’intéresser au domaine dans sa globalité pour travailler dans l’immobilier.
Charlotte LEPOUTRE
Directrice générale de Mutimo
QUE POUVEZ-VOUS ATTENDRE D’ÉCOLES COMME L’ESCT ET MUTIMO ?
Bruno Rouleau : On a une perte de persévérance et d’enjeux de l’immobilier. Les gens sont venus dans l’immobilier pour l’argent et pas par passion, alors que c’est un enjeu de vie. C’est un peu de notre faute de ne pas avoir réussi à transmettre cette passion. Ce qu’on peut attendre des écoles d’immobilier, c’est la notion de service, d’accompagnement de clients, de relation humaine. C’est l’un des points les plus importants du métier. Le savoir être est très important dans l’immobilier !
Antoine Mesnard : Je rejoins Bruno sur cette partie que les écoles pourraient être plus performantes sur la notion de relation client. Il y a aussi un gros travail à faire sur les managers dans l’immobilier. Ils ne sont pas toujours à l’écoute et ne se projettent pas dans les attentes des nouveaux diplômés. Il y a 6 ans, lors de nos enquêtes, les élèves en sortie d’études disaient qu’ils cherchaient surtout un salaire. Aujourd’hui, ils disent qu’ils cherchent avant tout la reconnaissance. C’est donc une vraie priorité de former les managers pour pérenniser les équipes. Il doit y avoir une vraie prise de conscience des écoles sur les formations en management.
David Givaudand : Les managers ne sont pas assez bien formés. Beaucoup sont des anciens conseillers immobiliers performants à qui, par reconnaissance, on a donné une promotion mais il s’agit d’un métier un peu différent qui nécessite d’apprendre a minima des bases et des techniques d’encadrement commercial. Un manager performant fait davantage briller son équipe que lui-même.
QUELLES SONT LES INNOVATIONS DANS LA GESTION IMMOBILIÈRE QUI ÉMERGENT ?
Najib Ghanthous : L’IA et les innovations technologiques sont quelque chose de très important. Ça ne va pas remplacer les humains, l’IA ne travaille pas seule, c’est un outil qui va enlever les tâches ingrates et qui va faciliter les choses. Je rejoins le côté service et relation humaine dont mes confrères ont parlé. Il faut savoir accompagner ses clients. De mon côté, j’ai beaucoup plus de mal à avoir des collaborateurs que des clients, alors qu’on est en contexte de crise. Mon business se développe plus rapidement que mes collaborateurs. On voit l’importance d’une bonne formation et d’un bon état d’esprit. On manque énormément de main d’œuvre qualifiée dans l’immobilier ! Il manque des centaines de milliers de logements en France, à tel point qu’on dit que la prochaine révolution ne sera pas le manque de pain, mais le manque de logements et elle n’est pas très loin si on continue comme ça !
COMMENT LA CONSTRUCTION DURABLE PEUT-ELLE ÊTRE UNE SOLUTION POUR L’AVENIR DE L’IMMOBILIER ?
Véronique Pappe : C’est avant tout une nécessité et il faut travailler sur le long terme, pour avoir des bâtiments qui soient opérationnels sur 20, 30, 40 ans. En France, on est plutôt bien pourvu en réglementations pour la construction durable, avec la loi RT 2012 sur l’énergie et la RE 2020 qui intégrait aussi le carbone. La prochaine, en 2030, prendra en compte d’autres problématiques encore, comme l’économie circulaire ou la biodiversité. Le gouvernement peut nous aider sur d’autres sujets, comme ne plus construire de bâtiments avec des murs ridaux en verre,qu’on doit climatiser même en hiver. Si les professionnels de l’immobilier n’arrivent pas à s’en passer, il faudrait un jour que ça soit interdit.
AVEZ-VOUS IDENTIFIÉ DES TENDANCES ÉMERGENTES EN MATIÈRE DE RECRUTEMENT ?
Antoine Mesnard : Il y a toujours des besoins en candidats très forts. Les entreprises qui recrutent s’orientent vers plus de compétences. Il y a 6 ans, on considérait que tout le monde pouvait travailler dans l’immobilier, que c’était facile. Maintenant, on se dit qu’il faut des gens capables d’acquérir toutes ces compétences.
Aujourd’hui, ça ne suffit pas de recruter quelqu’un, même déjà formé. Il faut que l’entreprise et le candidat acceptent de continuer à se former par la suite, car le domaine bouge vite.
Ce qui change dans l’immobilier dit plus « classique » comme les agents immobiliers, c’est que les entreprises prennent de moins en moins d’indépendants. Elles préfèrent miser, investir sur quelqu’un en salariat pour le garder longtemps et l’aider à progresser, afin de réaliser des missions toujours plus importantes. Les profils les plus recherchés sont les négociateurs immobilier de transactions, les gestionnaires de copropriété et les gestionnaires locatifs. Ce sont les trois métiers sur lesquels j’interviens le plus avec mon entreprise. Mais aujourd’hui on sait que les conducteurs de travaux et les chefs de chantier sont des profils très recherchés. Les développeurs fonciers sont aussi très recherchés. Ce sont des ressources manquantes.
QUELLES SONT LES OPPORTUNITÉS QUE VOUS VOYEZ DANS LE DOMAINE DE LA FORMATION EN RÉPONSE À LA CRISE ?
David Givaudand : Aujourd’hui, les opportunités sont nombreuses au niveau du recrutement, car il y a beaucoup d’acteurs arrivées ces dernières années dans l’immobilier par opportunisme et ce sont eux qui ont lâché / démissionné en premier lorsque les choses sont devenues plus compliquées. Du boulot, il y en a en réalité ! Mais encore faut-il savoir le faire. On est contraint parfois de raisonner à court terme lorsque la trésorerie manque et on est tenté de retarder ses recrutements. Mais lorsque les collaborateurs ont les bonnes compétences, l’effet est très rapidement visible en agence.
Dans tous les cas, si on investit sur des êtres humains, si on prend le temps de les accompagner, de les faire évoluer, de les challenger, alors ils produisent mieux et restent donc plus longtemps dans l’entreprise, même si le schéma des générations précédentes qui restaient longtemps dans une seule entreprise n’existe plus. Les employeurs en ont confiance et ont donc besoin d’entendre que leurs recrues veulent s’investir sur la durée.
EST-ON CAPABLE DE FINANCER DES GROS PROJETS DE RÉNOVATION, DE CONSTRUCTION, POUR CRÉER CET IMMOBILIER DU FUTUR ?
Bruno Rouleau : AFR financement est un intermédiaire, ce sont les banques et l’État qui ont la clé sur l’argent. Mais aujourd’hui, l’État n’a pas les moyens, si on l’attend, on n’avancera pas. Il faut que les fonds d’investissements s’intéressent à ces projets de constructions durables. Or, ce qu’ils voient avant tout est la rentabilité des projets, ce qui se comprend. C’est pour ça qu’il faut changer l’ensemble de la société, qu’elle s’éduque a une action commune et collective. Les banques françaises commencent à vouloir valider des gros projets financiers en rénovation. Mais faire un crédit demande un budget qui vous fait passer par les fourches caudines des critères du Haut Conseil à la Stabilité Financière. Les budgets en jeu sont parfois si élevés qu’ils amènent à un excès du taux d’endettement. Il y a une incohérence totale, sur le sujet principal qui est l’accompagnement. Où est-ce qu’on a une vraie politique et une vraie stratégie sur les logements à 20, 30 ans ? Il n’y en a pas. Quand vous regardez les lois, elles changent constamment, MaPrimRénov’ bouge tous les trimestres, donc c’est compliqué de finaliser un projet, de décrocher un prêt, car les montages financiers sont vite compliqués ou obsolètes.
Il y a un vrai sujet de fond, personne ne s’est mis autour de la table en réfléchissant à un point de vue à long terme et les réglementations ne sont pas toujours cohérentes avec la réalité terrain.
QUELLES SONT LES OPPORTUNITÉS DE CROISSANCE DANS LA CONSTRUCTION ET LE BTP MALGRÉ LES PROBLÈMES ACTUELS ?
Abdel Bouchouia : Aujourd’hui, la construction dans le neuf est un grand enjeu. Il y a moins d’espaces, le prix des matériaux a augmenté. Il y a 10 ans, la tendance était à la construction en béton. Aujourd’hui, les choses ont changé et on parle beaucoup plus de rénovation. Je reçois souvent des coups de téléphone d’entreprises qui cherchent à recruter et qui n’y arrivent pas, car les personnes ne sont pas qualifiées. La transition numérique et énergétique dicte beaucoup les rénovations. Est-ce qu’on fait de nouveaux bâtiments blingbling à l’image d’un smartphone, où est-ce qu’on fait un bâtiment très écologique mais moins tape à l’œil ?
Les métiers de l’immobilier et du BTP sont en mutation, nous les écoles, devons nous adapter pour ne pas subir les crises. Comment former les prochains professionnels pour subvenir aux besoins des entreprises dans le futur ? L’économie circulaire est quelque chose qui apparaît beaucoup et qui peut être une piste de réflexion sur des sujets d’apprentissage, avec les matériaux biosourcés par exemple, il faut savoir comment apporter tout ça et comment financer ces produits.
EN TANT QU’ÉCOLE, QUE PEUT-ON FAIRE AFIN DE FORMER CES FUTURS PROFESSIONNELS ?
Charlotte Lepoutre : Lors de ce groupe de travail, on a beaucoup parlé de relationnel humain et d’offre de services. Il faut que les professionnels soient formés pour offrir un meilleur service à leurs clients notamment en ayant une plus-value par rapport aux nouveaux outils IA qui fournissent des informations aux clients. Le client devient autonome et le professionnel doit proposer un service supplémentaire pour se différencier.
Je dis souvent aux formateurs de Mutimo qu’il est important de former les étudiants comme ils aimeraient pouvoir les recruter plus tard. On pousse nos élèves à développer des compétences en termes d’adaptation et d’accompagnement des équipes aux transformations que rencontrent le secteur de l’immobilier. On cherche aussi à rendre nos formations plus actives, que les élèves aient une vraie action dans leur formation, qu’ils soient acteurs et pas simplement spectateurs, à travers des projets plus concrets.
Dans le milieu de la formation, il y a une concurrence importante, c’est pourquoi aujourd’hui, nous devons, nous aussi, nous réinventer constamment, travailler sur la qualité, sortir du lot. Les jeunes ne connaissent pas tous les métiers de l’immobilier, c’est notre travail de leur expliquer qu’il n’y a pas que la transaction, pas que le métier d’agent immobilier qu’on voit à la télé. Il faut s’intéresser au domaine dans sa globalité pour travailler dans l’immobilier.
En résumé
Dans un secteur de l’immobilier qui ne subit pas de crise mais connaît de profondes mutations, il est important de former des professionnels capables d’anticiper, de décider et d’innover pour répondre aux nouveaux enjeux et attentes des clients.